« Le Mal des montagnes » : enquête au coeur d’une impasse alpine
Le modèle du « tout-ski » est à bout de souffle. Cette fructueuse industrie, écologiquement et socialement insoutenable, continue pourtant sa fuite en avant. Pourtant, des alternatives prometteuses pour les territoires de montagne, en première ligne du changement climatique, existent. Elles ont été ressemblées dans « Le Mal des montagnes », un ouvrage collaboratif entre « Reporterre » et « La Revue des Dessinée », qui regroupe les enquêtes de nombreux journalistes, sous format BD. De quoi nous permettre d’y voir plus clair, de manière pédagogique.

Nos montagnes sont en première ligne du changement climatique. Ainsi, dans les Alpes et les Pyrénées françaises, la température a augmenté de +2 °C au cours du 20ᵉ siècle, contre +1,4 °C dans le reste de l’Hexagone, détaille Météo France. Les effets de ce réchauffement sont multiples, et varient selon l’altitude. Parmi eux, le spectaculaire recul des glaciers.
Dans les Alpes, ces géants de glace ont perdu 70 % de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980, en France, comme dans le reste de l’Europe. Une fonte qui augmente les aléas naturels localement, tels que les effondrements glaciaires, les glissements de terrain, les chutes de séracs, etc. Elle peut également engendrer la formation de poches d’eau qui exposent les populations environnantes. La commune de Chamonix a par exemple dû vidanger en partie le lac formé à la suite de la fonte du glacier des Bossons.
Le changement climatique en montagne accentue la survenance de risques naturels (inondations, sécheresses, chutes de blocs, avalanches…). Il réduit également l’enneigement naturel, en particulier à basse et moyenne altitude. À noter qu’en Europe, les Alpes ont perdu près d’un mois d’enneigement ces 50 dernières années.
La fin de l’or blanc
« Ces tendances percutent le modèle du ‘tout-ski’ mis en place par les plans Neige des années 1960 et 1970 » souligne Le Monde. Autrement dit : l’or blanc, trésor de nos montagnes, disparaît peu à peu, et il va falloir adapter toute l’économie qui en dépend. Sauf que nombreux sont celles et ceux à fermer les yeux face à ce constat, préférant rester prisonniers d’un modèle écologiquement et socialement insoutenable.
On continue de construire des chalets de luxe, de faire flamber le prix du mètre carré dans les stations de ski semble ne connaître aucune limite. À Courchevel (Savoie), il peut atteindre 30 000 € le m².
On planifie des Jeux Olympiques pour 2030 au goût déjà bien amer. La faute à des factures élevés, à des infrastructures inutiles, et à un bilan carbone dans le rouge.
On investit dans des canons à neige énergivores tout en continuant de faire des Alpes un dancefloor, à l’Alpe d’Huez (Isère), où le festival Tomorrowland, créé en 2019, attire des dizaines de milliers de fêtards venus des quatre coins du monde… et réveille les marmottes en plein hiver.
Ce modèle à bout de souffle a été décrypté dans « Le Mal des montagnes », ouvrage issu d’une collaboration entre Laury-Anne Cholez, journaliste à Reporterre et Baptiste Bouthier, rédacteur en chef de La Revue Dessinée. Au programme : 180 pages d’enquêtes illustrées au format papier qui révèlent également des alternatives prometteuses pour ces territoires en première ligne du réchauffement climatique.

Se procurer « Le Mal des montagnes »
« Les Grecs faisaient de l’Olympe la demeure des Dieux ; les sherpas considèrent l’Everest comme sacré ; la traversée des Alpes à dos d’éléphant de l’armée d’Hannibal fascine depuis 218 av. J.-C. ; les aborigènes d’Australie lient l’origine du monde à l’Uluru… L’histoire de l’humanité dit notre attrait pour la montagne. Elle fut longtemps nourri par l’inconnue que représentaient ces sommets qui nous toisent, leurs formes mystérieuses balayées par des éléments capricieux.
« Cette montagne est une masse de terre rocheuse taillée à pic et presque inaccessible », décrit Pétrarque dans son Ascension du mont Ventoux, qu’il se décide tout de même à faire « guidé uniquement par le désir de voir la hauteur extraordinaire du lieu ». Nous sommes en 1336, et l’humain commence à prendre la mesure de ces géants qu’il va peu à peu domestiquer.
Sept siècles plus tard, quelle part de mystère reste-t-il ? Tous les plus hauts sommets du monde ont été atteints, les glaciers – victimes parmi les plus visibles de la crise climatique – fondent à vue d’œil et soixante-dix ans d’industrie du ski ont transformé nos imaginaires en associant avant tout les cimes aux pistes et aux télésièges. Pourtant, cette logique d’exploitation économique de la montagne par son artificialisation n’est pas la seule voie possible. Pis : à l’heure où la neige se fait toujours plus rare et les températures toujours plus chaudes, c’est une impasse.
Les rédactions de La Revue Dessinée et de Reporterre enquêtent sur ces sujets depuis plusieurs années. Nous avons uni nos forces pour cette édition spéciale, afin de mieux comprendre le mal que traversent nos montagnes aujourd’hui. Et pour mieux identifier, aussi, l’avenir qu’il est encore possible de leur réserver. »




