Quand le sport cesse d’être un espace pour les filles

3 minutes

Le phénomène n’est pas nouveau : à l’adolescence, les filles abandonnent le sport. Une nouvelle étude, réalisée par la mutuelle MGEN et Kantar, leader mondial des données marketing et de l’analyse, remet l’accent sur ce sujet, fournissant des données chiffrées précises ainsi qu’une analyse détaillée de la situation. Ces résultats soulignent l’urgence de repenser la pratique sportive pour les jeunes filles afin de la rendre plus inclusive, sécurisée et valorisante.

Quelque part dans les Calanques @archives Coralie Havas

Mardi 13 janvier, les résultats d’une étude nationale, la première de cette ampleur, ont été publiés. L’enquête, menée auprès de 507 jeunes filles âgées de 13 à 20 ans ayant pratiqué un sport au cours des deux années précédant leur abandon, révèle un constat préoccupant : 45,2 % des adolescentes cessent leur activité sportive malgré elles, soit six fois plus que chez les garçons.

Cette situation soulève des questions importantes sur les freins spécifiques à la pratique sportive féminine, l’impact des normes sociales et corporelles, ainsi que sur l’accessibilité des infrastructures et des activités adaptées.

La non-prise en compte des spécificités du corps féminin

Le premier obstacle identifié est l’absence d’adaptation des pratiques sportives aux changements physiques liés à la puberté. Environ 63 % des répondantes déclarent que ces transformations rendent le sport inconfortable. À cela s’ajoute le manque d’informations et d’équipements adaptés pour pratiquer pendant les règles : 53 % des jeunes filles estiment ne pas être suffisamment soutenues ou encadrées.

Clotilde Truffaut, déléguée nationale de la MGEN, souligne que cette situation risque d’accentuer les inégalités dans le rapport au corps, à l’estime de soi et à la sociabilité.

Les pressions et jugements dans le milieu sportif

Les adolescentes font également face à des pressions sociales et à des comportements déplacés dans le cadre sportif. 42 % des jeunes filles déclarent avoir été victimes de moqueries, de harcèlement ou de sexisme. L’insécurité ou l’imposition de tenues jugées inappropriées accentue cette pression. Ainsi, 61 % des répondantes se sentent jugées lorsqu’elles pratiquent un sport.

Le rapport au corps et aux standards est également un facteur majeur : 55 % des adolescentes estiment que leur corps ne correspond pas à l’image idéale véhiculée par les réseaux sociaux et les médias sportifs. Cette insatisfaction corporelle conduit 41 % des jeunes filles à abandonner leur pratique par malaise vis-à-vis de leur apparence.

L’absence d’alternatives et d’infrastructures adaptées

L’étude révèle que l’offre sportive reste souvent inadaptée ou peu accessible pour les filles. Un tiers des répondantes déclarent ne pas avoir de section féminine proche de leur domicile, un problème particulièrement marqué dans les zones rurales. Les stéréotypes de disciplines « réservées aux garçons » limitent encore davantage les choix.

La culture de la compétition, axée sur la progression continue et la comparaison entre les participantes, constitue un frein supplémentaire. De nombreuses adolescentes abandonnent parce qu’elles se sentent exclues de cette logique ou incapables de suivre le rythme imposé.

Face à ces constats, certains clubs proposent des alternatives centrées sur le loisir et le plaisir, plutôt que sur la compétition. Le Paris Lady Basket, club exclusivement féminin créé en 2014 dans le XXe arrondissement de Paris, illustre cette approche. Sa coprésidente, Caroline Acosta, explique : « On a choisi la voie du loisir et ça marche. C’est comme ça qu’on fidélise et que les jeunes filles peuvent s’épanouir et continuer à faire du sport. »