« Girl Climber » : l’obsession d’Emily Harrington pour El Capitan

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À force de superlatifs, on finit parfois par trahir ce que l’on veut raconter. Les ascensions d’El Capitan, dans le Parc national de Yosemite, n’échappent pas à la règle : la paroi la plus impressionnante, la voie la plus dure, l’exploit le plus fou. Comme si l’accumulation d’adjectifs pouvait traduire ce que représente réellement ce mur de granit de près de 900 mètres. Car derrière la légende minérale d’El Capitan et les récits d’exploits hors norme, il y a avant tout une histoire de persévérance, d’échecs répétés et d’obsession patiemment construite. En témoigne l’aventure humaine vécue par la grimpeuse américaine Emily Harrington, racontée dans le film « Girl Climber » réalisé par Jon Glassberg, disponible en streaming sur Canal+. 

Emily Harrington @Girl Climber

Quatre. C’est le nombre de tentatives qu’il aura fallu à Emily Harrington pour venir à bout d’El Capitan en libre, en moins de vingt-quatre heures. Le 5 novembre 2020, l’Américaine devient la première femme à réussir cet enchaînement en passant par « Golden Gate ».

Une performance d’ampleur tant cette ligne qui serpente sur la face sud-est du géant de granit californien est réputée pour sa difficulté. Sur près de 900 mètres de paroi, chaque longueur impose une concentration extrême, une gestion millimétrée de l’effort et une endurance mentale rarement visible dans les images spectaculaires d’escalade.

C’est précisément ce que montre le documentaire « Girl Climber ». Plutôt que de se contenter de la réussite finale, le film s’attarde sur le chemin qui y mène : plus d’un an de préparation, de doutes, d’échecs et de remises en question.

Loin de toute héroïsation 

« Je ne me sentais pas prête et n’avais pas fait le travail nécessaire pour réussir », reconnaît la grimpeuse à l’issue de sa première tentative. Cette lucidité traverse tout le film.

Les essais suivants deviennent de véritables épreuves physiques et psychologiques. Le troisième est le plus terrible. Au milieu de la paroi, un cri retentit : Emily vient de chuter d’environ quinze mètres. L’accident laisse des traces, autant sur le corps que dans la tête.

La quête de confiance

Dans l’imaginaire collectif, El Capitan possède déjà sa propre mythologie cinématographique. Des films comme « Valley Uprising », « The Dawn Wall » ou « Free Solo » ont largement contribué à construire cette légende. Le documentaire multiplie d’ailleurs les passerelles avec cet univers : une référence à Tommy Caldwell, une apparition de Lynn Hill, et la présence incontournable d’ Alex Honnold.

L’objectif du réalisateur semble clair : inscrire Emily Harrington dans cette histoire. Celle des grimpeur.ses capables d’enchaîner « Golden Gate » en une journée. Au moment de sa tentative, seuls Alex Honnold, Tommy Caldwell et Brad Gobright avaient réussi. Mais au fond, « Girl Climber » raconte autre chose qu’une performance pure.

Derrière les images d’une femme suspendue à une immense paroi de granit se cache ainsi une histoire beaucoup plus intime : celle d’une athlète confrontée à ses limites, à ses peurs et à ses obsessions.

Et c’est peut-être cela, au fond, qui rend l’exploit si impressionnant : non pas les superlatifs, mais l’humanité qu’il révèle.