L’UTMB autrement : le OFF d’Anne Lepeuple

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Ce n’est pas un appel au boycott, loin de là. L’UTMB OFF d’Anne Lepeuple, ultra-traileuse de 23 ans, est plutôt une invitation à réfléchir. Comment est-ce que je veux courir ? Avec ou sans dossard ? Quelle place est-ce que je laisse à la performance ? De quelle manière rejoindre mes courses ? Et plus largement : quel sens est-ce que je donne à ma pratique du trail ? Des questions qui se sont imposées à elle il y a plus d’un an. Elle qui, plus jeune, rêvait de l’UTMB a écrit son histoire avec cette course à sa manière. En cohérence.

Sur les sentiers autour du mont Blanc pendant son OFF @ Anne Lepeuple

23 juillet 2026, 17h35, place du Triangle de l’Amitié.

L’hymne de l’UTMB, emprunté à Vangelis, ne résonne pas encore dans la vallée. Les spectateurs ne sont pas encore arrivés, tout comme les médias, qui demeurent aux abonnés absents. Personne n’est perché sur son balcon à admirer les 2 400 coureur.euse.s agglutiné.e.s devant l’arche de départ, écoutant religieusement la voix du speaker.

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C’est parti !

Place du Triangle de l’Amitié, Anne s’élance sur le parcours de l’UTMB, un mois avant tout le monde. Une chose est certaine : ça ne bouchonnera pas lors de la première montée vers le col de Voza, ni dans aucune autre d’ailleurs. Certes, l’ultra-traileuse de 23 ans ne sera pas seule sur les sentiers du très fréquenté « Tour du mont Blanc », mais cette année, elle ne fera pas partie de l’armada d’athlètes qui s’élanceront sur le « sommet mondial du trail » d’ici quelques semaines.

Anne est ici pour écrire sa partition autour du mont Blanc. À sa manière, en OFF, une pratique qui vient du jargon sportif anglais « off event » (« hors compétition ») ou « off race » (« hors course »). « Faire un OFF » en trail, c’est donc partir en dehors d’une organisation officielle, sans dossard, en suivant simplement un parcours choisi, généralement d’une distance assez importante. Le tout étant synonyme de liberté, d’autonomie et d’esprit d’aventure.

À vrai dire, l’UTMB OFF d’Anne n’a pas commencé place du Triangle de l’Amitié, mais à Lyon, ville depuis laquelle elle est montée sur son vélo afin de rejoindre Chamonix. Au programme : 100 kilomètres par jour, pendant trois jours. Car oui, arriver sur la ligne de départ faisait aussi partie de l’aventure. Même si cela impliquait de sacrifier un peu d’énergie avant de parcourir 175 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé autour du mont Blanc. « Je ne sais pas si ça m’a fatiguée, puisque je n’ai jamais fait d’UTMB avant », modère Anne, qui nous a expliqué avoir intégré des entraînements mêlant vélo et course à pied dans sa préparation pour ce projet.

Au départ de l'UTMB OFF @ Anne Lepeuple

« L’UTMB OFF », plus qu’un défi sportif, un moyen d’analyser l’essor du trail dans la vallée de Chamonix

Avec cet UTMB OFF, Anne veut montrer qu’il est possible de vivre l’ultra-trail autrement : sans dossard, sans avoir les yeux rivés sur sa montre, sans penser reconnaissance et sans compétition avec son voisin. Mais aussi dans le respect de l’environnement et de la biodiversité. Car rappelons-le, l’UTMB, c’est 24 400 tonnes de CO₂e en 2025, selon les chiffres communiqués par l’association Protect Our Winters, dont 88 % sont liés aux transports. À noter que l’avion représente à lui seul 85 % des émissions liées aux trajets domicile-événement des coureur.euse.s et accompagnant.e.s, tandis que la voiture demeure le moyen de transport le plus utilisé par les participant.e.s français.e.s et européen.ne.s.

Anne s’est également préoccupée de l’impact de l’alimentation, qui représente en moyenne entre 20 et 25 % de notre empreinte carbone individuelle, selon l’ADEME. « J’ai de la chance de ne pas avoir besoin de grand-chose en ultra », souligne Anne, qui affirme n’avoir jamais goûté un gel de sa vie et s’être contentée de compotes réutilisables, de sirop et de deux barres pendant son UTMB OFF.

À noter également que ses ravitaillements se sont composés de « concombres et de purées de patate douce maison », apportés par ses proches. Son OFF n’est d’ailleurs pas synonyme d’autonomie totale. Contrairement à ses précédentes aventures, Anne était accompagnée d’une équipe, venue notamment assurer les ravitaillements et filmer le projet. Une nuance importante : son ambition n’est pas de proposer un modèle parfait, mais d’interroger nos façons de faire.

Un documentaire, qui a l’UTMB OFF comme fil conducteur, devrait sortir à l’automne. Il nous invitera à élargir notre réflexion sur l’essor du trail dans la vallée de Chamonix. Pour cela, Anne et son équipe sont allé.e.s à la rencontre d’associations, de bergers, de traileur.euse.s ou encore du maire de Chamonix.

Si, aujourd’hui, questionner les impacts de courses telles que l’UTMB est une évidence pour Anne, ce ne fut pas toujours le cas. Car, comme beaucoup de néo-traileur.euse.s, c’est bel et bien l’UTMB qui la faisait rêver à ses débuts.

L’UTMB, un « aboutissement »

Anne court depuis ses 15 ans. Ses débuts, elle les a faits dans les foulées de ses parents, qu’elle accompagnait sur leurs sorties dominicales. Puis elle a allongé les distances, se dirigeant vers l’ultra-trail, une discipline qu’elle pratique depuis près de deux ans.

« Quand j’ai commencé à courir, je voulais faire l’UTMB. Cette course représentait une forme d’aboutissement dans mon parcours de traileuse », raconte Anne. « Mais je ne mesurais pas encore l’impact de tels événements. »

Le déclic a eu lieu l’an passé, en juillet 2025, alors qu’elle participait aux 110 kilomètres de la Restonica, en Corse. « J’ai vu à quel point le monde du trail devenait une grosse industrie », se souvient l’ultra-traileuse. « Tout le monde avait les yeux rivés sur sa montre dès le départ. Je ne me suis pas sentie alignée avec cet esprit de compétition »

« Je me suis par la suite demandé comment je voulais courir, avec ou sans dossard », poursuit-elle. « Et, plus globalement, comment je pourrais courir. »

Cela fait quelques temps déjà qu’Anne enchaîne les OFF. « J’adore ça », lance l’ultra-traileuse. La réponse était donc toute trouvée : c’est ça, sa manière d’aimer l’ultra-trail. « Je ne cherche pas la reconnaissance, mais la solitude, l’introspection. C’est pour ça que je cours. » Nul besoin de s’inscrire à des courses officielles, donc, conclut-elle.

Sur les sentiers autour du mont Blanc pendant son OFF @ Anne Lepeuple

« Quand on enlève les paillettes, pourquoi est-ce que l’on court ? »

Aucune vidéo d’Anne franchissant l’arche d’arrivée, place du Triangle de l’Amitié, ne s’est ajoutée à celles qui ont noyé notre feed Instagram pendant une semaine. Pourtant, l’ultra-traileuse a bel et bien parcouru les 175 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé autour du mont Blanc en 46 heures. Sans tambour ni trompette.

« Ma démarche n’invite pas au boycott de l’UTMB, car cet événement apporte plein de bonnes choses sur le plan personnel », nuance Anne. « L’idée, c’est d’inviter à la réflexion. »

Elle était d’ailleurs à Chamonix fin août, pendant la semaine de l’UTMB. Pas pour courir, mais pour coanimer une table ronde sur les enjeux liés à l’évolution du trail, son changement d’échelle et notre rapport à la pratique. Elle résume : « J’ai essayé d’inviter les participant.e.s à se questionner sur le sens de l’ultra-trail. En leur demandant : quand on enlève les paillettes, pourquoi est-ce que l’on court ? »

Anne semble avoir trouvé sa réponse.

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