Bivouac automnal sur les hauts plateaux du Vercors
C’est dans le Vercors qu’Eléonore et moi avons inauguré une tradition : chaque automne, s’offrir un week-end de randonnée, quelque part en montagne, avec un bivouac et une fondue en ligne de mire. Pour cette première édition, nous avons choisi les Hauts-Plateaux du Vercors. Des sacs trop lourds, une cheville un peu mal en point, près de 2000 mètres d’altitude et beaucoup de temps pour parler : sans le savoir encore, nous étions en train de poser les bases de nos futurs week-ends. Nulle question de chiffres, et encore moins de performance. Mais un profond désir de partage, teinté d’émerveillement.

« On monte tranquillement, sans pression. Ça te va ? » me lance Eléonore à la sortie de Chichilianne. 900 mètres de dénivelé nous attendent. Et entre le matériel de bivouac et la tonne de nourriture que nous avons emportée, nos sacs sont bien lourds. S’ajoute, pour ma part, une grosse entorse que je traîne depuis plusieurs semaines déjà.
Alors oui, on va monter sans pression.
Nous ne sommes de toute façon pas là pour quelconque performance. Même si j’observe tout de même que cette quête de l’exploit, se traduisant généralement par le nombre de dénivelé avalés en une heure, est toujours présente. Aussi bien chez Eléonore que chez moi. Et ce, même si nos intentions étaient claires dès le début, avant même que l’on cale une date pour ce week-end dans le Vercors.
Tout ce que l’on voulait, c’était passer un week-end en montagne. Ensemble.
Eléonore, je l’ai rencontrée dans le cadre du podcast que j’ai lancé avec mon amie Caro. Je me souviens avoir tapé sur Google « femme seule Via Alpina ». Avant d’être tombée, quelques minutes après, sur une conférence. Eléonore y racontait ses aventures sur cette longue traversée des Alpes qui relie la Slovénie à Monaco en plus de 2600 kilomètres. Son récit m’avait tout de suite inspirée. Sans doute parce que j’éprouve, depuis plusieurs années déjà, cette envie d’arpenter les mêmes sentiers.
Nous l’avions alors invitée à nous raconter son parcours.
Et une fois les micros coupés, nous avons continué de parler. D’échanger sur les sports outdoor qui nous fascinent. Mais surtout sur ce sentiment de liberté qui s’empare de nous quand on passe du temps en montagne.
Six mois et des centaines de messages après, nous voilà sur les sentiers.
Nous avons choisi d’aller dans le Vercors pour plusieurs raisons.

D’abord parce que c’est joli (les photos parlent d’elles-mêmes). Mais aussi parce que c’est à la croisée de nos lieux de vie, Lyon pour Eléonore, Briançon pour moi. Et que l’on peut y accéder en train. Là-dessus, on est assez alignées. Et je dois bien avouer qu’il est tout de même assez agréable de ne pas avoir à expliquer pendant de longues minutes pourquoi, au moment du choix de la randonnée, j’ajoute désormais un critère d’accessibilité en mobilité douce.
C’est donc comme ça que nous nous sommes retrouvées samedi 30 novembre, à 9 heures du matin à la gare de Clelles. Et au lieu de partir directement sur les sentiers, nous y avons patienté une heure. Le temps que la fromagerie ouvre (il y a certaines priorités avec lesquelles on ne déroge pas). De là, nous sommes montées sur Chichilianne, un village au pied du mont Aiguille.
S’en est suivie une longue montée jusqu’au pas de l’Essaure (1972 m). Le point culminant de notre journée où nous avons pu admirer les massifs voisins, de Belledonne aux Écrins.
Le soleil déclinant, nous nous sommes ensuite dirigées vers la combe des Arches. Un lieu vertigineux au milieu des plateaux du Vercors, face au mont Aiguille (2087 m), berceau de l’alpinisme dont la première ascension remonte au 26 juin 1492.

Eléonore a monté la tente tandis que je m’occupais de prendre des photos du coucher de soleil. Il était aux alentours de 17 heures. Et nous étions prêtes à aller dormir. « La soirée risque d’être longue » ai-je dit.
« C’est vrai, mais on a de quoi lire » a poursuivi Eléonore. Sauf qu’en réalité, nous n’avons pas eu le temps de lire. Nous avions trop de choses à nous dire. Cet incessant flux de discussion, je ne l’avais pas vraiment prévu. Je ne pensais pas non plus qu’il était possible d’avoir autant de fous rires en si peu de temps. Avec du recul, je me dis que l’on était simplement heureuses d’être là.
Dimanche 1 décembre. L’avantage de l’hiver, c’est qu’il faut presque faire la grasse matinée pour se lever en même temps que le soleil. Avec Eléonore, nous avons tout de même pris un peu d’avance. Si bien qu’à 7h20, nous sommes sorties de la tente pour admirer les premières lueurs du jour. Et attendre que les rayons du soleil viennent nous réchauffer.
C’est son moment préféré à Eléonore, le lever de soleil. Elle nous l’avait raconté dans le podcast, et n’a eu de cesse de me le répéter depuis. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi.
Un méga petit-déjeuner plus tard, nous sommes descendues sur le pas de l’Aiguille (1632 m). Et ça y est, on a commencé à parler nombre des kilomètres restants avant la gare, horaires de train… Tout en espérant trouver la fromagerie de Clelles ouverte. Ambitieux pour un dimanche après-midi.
Je n’ai pas pu m’empêcher de jeter des coups d’œil à la montre. Nous allions dépasser les 15 kilomètres. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cette idée m’a plu. J’ai tout de même noté que, contrairement à ce que j’ai longtemps cru, ce n’était pas cette donnée qui faisait la saveur de ces instants sur les sentiers.
Je me suis alors rappelée d’une phrase écrite par Liv Sansoz sur Instagram :
« Une sortie en montagne n’a pas toujours pour but de gravir un sommet. Parfois c’est simplement une bonne excuse pour se retrouver avec les bonnes personnes au bon endroit ».

Le dernier magazine d’encordées
Pour ce nouvel opus, je vous invite à ouvrir de nouveaux « Horizons ». Au fil de ces pages, vous retrouverez des portraits inspirants, des enquêtes, des témoignages intimes et des réflexions sur la montagne comme espace de création, d’engagement et d’évasion. Avec, en fil rouge, un grand dossier consacré à « Montagne et art, l’inspiration des cimes ».




